Sublim' interim
Sublim' interim
Une comédie en musique et en chansons de Louise Doutreligne
Mise en scène de Jean-Luc Paliès
Avec 7 comédiens chanteurs musiciens (distribution en cours...)
Certes la comédie est grinçante puisqu'elle se situe dans une banlieue en noir et blanc sur la pente glissante de la forte précarité des idées reçues : la stabilité de l'emploi, la famille, le couple, (le sexe ), les croyances politico-religieuses... Unefresque contemporaine où tout se met alors à bouger… Il y a de gros efforts à faire pour accepter l'autre... et même cet "étrange étranger" que se révèle être son conjoint, son enfant, sa sœur, son père, sa grand-mère, son voisin, son psy, son professeur ... Une pièce pour tous les publics (et notamment le public adolescent), riche et généreuse en humanité. C'est rare que le théâtre contemporain sache si bien à la fois nous donner à voir la complexité du monde d'aujourd'hui et nous faire rire...
Salle Rabelais
Vendredi 9 octobre 2009 à 18h30 (scolaire)
Samedi 10 octobre 2009 à 21h
Dimanche 11 octobre 2009 à 15h30
Plein tarif 1ère catégorie 30 € - Abonnés 26 € - Jeunes 10 €
East Side Story !
Début d’après-midi, un samedi. Il fait une chaleur accablante. Pendant que des hordes inconscientes font sottement la sieste, je me dirige, stoïque, vers le Théâtre des Halles où l’on joue une pièce sur les immigrés, les ados de banlieue, le conflit des générations. N’empêche, on n’est pas nombreux à « Sublim’ intérim », de Louise Doutreligne, mis en scène par Jean-Luc Paliès. Pas nombreux mais emballés ! C’est un petit bijou.
Medhi et Julian parlent du « suicide » d’un de leurs potes. Au bahut, Liliane, sociologue, est venue faire du soutien psychologique et mener une enquête sur « l’imagination face au chômage ». Une question grave à laquelle Daniel, le père de Julian, répond presque chaque jour en allant pointer. La mère, Eva, est elle aussi intérimaire. Myriam, la petite sœur de Julian, écrit des chansons et trouve Medhi fort à son goût. « Fais gaffe, j’ai vu ta fille avec un Arabe » souffle la grand-mère Mamita à sa fille.
Première bonne surprise : ces gens-là existent. Nous sommes dans une vraie famille d’immigrés bien précis : des gens qui ont fui l’Argentine policière des années 1960. Mais, là encore, rien de simpliste : la grand-mère Mamita est restée une conservatrice endurcie, sa fille Eva au contraire fidèle à ses convictions libertaires, sa fille Myriam, née en France, une ado rêveuse.
Les dialogues sont nerveux, touchants, d’une grande drôlerie. Mère et fille, mari et femme, frère et sœur, Juif et Arabe n’arrêtent pas de se chamailler, le tout interprété (chanté même !) avec naturel. C’est l’autre bonne surprise, et elle est de taille : cette comédie est musicale ! Mamita joue de l’accordéon, Myriam et Medhi de la guitare, Liliane de la contrebasse et du piano, Julian aussi du piano et ainsi de suite. Tous les sept jouent, chantent et dansent juste. Un véritable East Side Story puisque tout se passe en Val-de-Marne.
Leur fougue et leur sincérité nous ont tout simplement « ravis » au premier sens du mot. En deux temps trois mouvements, le petit radeau de cette famille craquante nous entraînait dans son voyage imaginaire au pays des hommes. Une poésie simple et puissante avec le Duende d’Eva, Mister X et Bouffémont de Liliane, la Musique ma muse de Julian et Medhi joliment chantés en direct. Une dizaine de chansons en tout, dont Suce pouce serait ma préférée.
Mention spéciale à Laurette Faber (Mamita), qui fait suprêmement oublier qu’elle est loin d’avoir l’âge du rôle. Quelle magnifique interprète du cœur humain et… de l’accordéon ! Bravo aussi à tous les autres : Maria Luisa Jamye Kosta (Eva), Laura Pélerins (Liliane), Tatiana Eva-Marie (Myriam), Christian Mulot (Daniel), Zacharie Saal (Julian) et Julien Sadi (Medhi), qui jouent comme ils respirent et chantent avec générosité. On les embrasserait tous !
Louise Doutreligne, qui a écrit les textes, Isabelle Zanotti, qui a coordonné la partie musicale, Maria Luisa Jamye Kosta les chorégraphies et Jean-Luc Paliès, qui a assuré la mise en scène, peuvent tous être fiers du boulot énorme qu’ils ont accompli. Toute la salle a d’ailleurs applaudi comme quatre, manière d’excuser les absents, qui, plus que jamais, avaient eu tort. Il y a tout de même quelque chose qui cloche dans ce Off… Qu’un spectacle grand public de cette qualité ne fasse pas le plein dans ce lieu pourtant réputé devrait, à mon avis, nous alerter. Ce n’est pas normal. ¶
Olivier Pansieri
Les Trois Coups

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